Fin de saison et année maigre pour l’amateur de festivals de films à Montréal. Les récentes oeuvres de réalisateurs de renom tels que Sion Sono, Shunji Iwai, Shinya Tsukamoto ou encore Hitoshi Matsumoto nous ont été livrées quasiment en première nord américaine, et pour moi ce fut à chaque fois un désolant flop. J’avais déjà commencé à me méfier des louanges faites à chaque sortie d’un Takashi Miike dans le but d’ameuter les foules dans les salles, pour le coup mon intuition n’était pas bonne (Hara-kiri: Death of a Samurai était projeté, pas vu), élargissant à l’avenir la zone critique aux chouchous. Je dis ça en sachant pertinemment que je me presserai vers la billetterie pour Himizu ou les prochains Koreeda, Toyoda, etc… Bref, voilà les films japonais auxquels j’ai eu le désarroi d’assister lors de cette édition du Festival du Nouveau Cinéma:
Kotoko (2011. Tsukamoto Shinya)
Beware: film, sur la psychologie d’une mère pour le moins perturbée et destructrice, qui dérange à l’extrême plus qu’un film d’horreur. C’est vraiment à la limite du soutenable. Le spectacteur y passe une succession de sales quarts d’heure puisque les quelques interludes familiaux d’apaisement et les tentatives d’humour noir (prise de panique quand le personnage joué par le réalisateur découvre Kotoko baignant imperturbable dans son sang) sont bien trop rares. C’est d’autant plus un calvaire qu’on reste dans le flou quant à l’origine d’un tel comportement: une démence violente, totale paranoïa, évacuée par symboles (chant, soudaine danse sous la pluie dans le jardin de l’asile, poupées de chiffon, etc…), mais qui ne pourrait se justifier que par l’étonnement de la jeune femme de sentir le désir de son corps mutilé à vivre. Rien avoir donc avec l’étrangeté de Tetsuo the Iron Man, la perversité de Snake of June, ou la confusion abyssale de Nightmare Detective 2. C’est bien du registre de la maladie mentale, avec le profond malaise qu’elle inspire, et c’était bel et bien le sujet du film. Un thème peu usité quand il touche la relation sacré mère-enfant. Mixé au style visuel cauchemardesque in-your-face habituel du réalisateur, on descend en enfer. À bon entendeur… D’un autre côté, standing ovation à Venise pour Tsukamoto… Énorme prestation de Cocco, à la fois belle et effroyable dans un rôle qu’elle délivre avec un réalisme déroutant. Personnellement je ne connaissais pas cette chanteuse-compositrice “björkesque” d’Okinawa, mis à part le fait que Koreeda lui a dédié un documentaire en 2008… Avis de l’amateur: trop dur pour être appréciable, trop unique pour être absolument non recommandable. En gros, Kotoko c’est du genre Ima Boku Wa version gore et interprété par un combo très spécial.
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Guilty of Romance (2011 v.o.: Koi no Tsumi. Sono Sion)
Fin essouflée et sans brio de la “trilogie de la haine” (comprendre amour obsessionel, folie passionnelle, charnelle et dévastatrice) par maître Sono. Après le 1er opus génial - Love Exposure - je me suis ennuyé en maudit. Sion Sono est un autre réalisateur déséquilibré (mais dont les démons semblent provenir d’une jeune fille nommée Yoko…). J’avais rien compris à son Suicide Club, mais j’avais apprécié son prequel Noriko’s Dinner Table, socialement et émotionnellement renversant. Il semble que Cold Fish et Guilty.. soient moins réfléchis, plus portés sur le spectaculaire et le tabou. Le premier focalise sur le refoulement du personnage principal masculin, tandis que le second sur celui de l’héroïne, chacun sommé par force, harcélement psychologique et agressivité, à se libérer. C’est peut-être une analyse prématurée alors que je n’ai pas eu l’occasion de voir Himizu, mais pour moi la trilogie s’arrêterait plutôt à Love Exposure (qui a beaucoup de ressemblances avec Noriko..) tandis que, bien qu’empreint du même degré de désordre du comportement, Guilty.. serait la contrepartie féministe d’un Cold Fish complétement macho sur la vision de la respectabilité de l’homme, libertin et irréverencieux. Les deux films sont “pinku”, bâtis sur la même logique déconcertante, s’inspirent de 2 faits divers, inspirent le même inconfort avec leurs lumières artificielles, leurs excès, et la spirale de dégénérescence morale ou transgression dans laquelle leurs personnages principaux semblent vouloir être entraînés par un guru malade, aussi indécent que dangereux. C’est eux qui gâchent l’appréciation en étant caricaturaux, comme la projection du petit démon agaçant qui se matérialise à l’oreille dans les cartoons, et on a vite le sentiment de se faire bassiner. Un soupçon drolatique (la mère qui lynche verbalement Mitsuko autour d’un thé), Guilty.. est quand même meilleur que Cold.. du fait qu’il donne plus d’importance au cheminement de Izumi (Megumi Kagurazaka, qui joue 2 types de jeune épouse frustrée selon le film tout de même) ainsi que plus de poids à certains personnages secondaires (les figures de la mère, de la détective, du bras droit vs le père défunt, l’inspecteur de police tout juste de passage, et l’épouse cinglée de Murata). Dans les deux histoires, des vies seront perdues ou anéanties, et l’apprenti se vengera du maître pour reprendre le contrôle sur sa vie. Finalement, il est question du pouvoir que détient un individu dans une société qui impose la modération et la soumission, des risques de le revendiquer aussi, un “crime” puisqu’à chaque fois ça se termine très très mal (“Love Crimes” est une autre traduction du titre). Avis de l’admirateur: bien que raté, à voir pour boucler la boucle. Le film aurait gagné en profondeur/impact si seulement les scènes crues auraient été plus éparses et ero. L’enthousiasme pour Sono rétrogradé. Toutefois je verrais bien la version étendue d’une demi-heure présentée à Cannes où semble-t-il on voit plus de ce que se passe du côté de la flic (chapter 2), d’où les synopsis autour de 3 personnages principaux féminins (voir critique de la version longue en anglais ici).
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Scabbard Samuraï (2011 v.o.: Saya Zamurai. Matsumoto Hitoshi)
Un samurai binoclar (Nomi Takaaki: très bizarre acteur de cinéma débutant), en fuite après avoir été blessé dans l’âme et finalement appréhendé, est condamné à la peine de mort s’il ne parvient pas à redonner le sourire à l’enfant du shogun du coin. Il a un mois, et une seule tentative par jour. On pourrait s’attendre à une franche rigolade, sauf que: 1- l’éclat que j’ai entendu dans la salle était bien trop gras pour provenir de la rate, et 2- il s’agit en fait d’un film à message pour la jeunesse, les grands enfants peuvent s’abstenir. Pour la 3e production du réalisateur excentrique du géant Dainipponjin et grandiloquent Symbol, je crains que cette fois ce ne soit pas l’acteur mais le spectateur le dindon de la farce. Car c’est vraiment, mais réellement, pas drôle. Est-ce un problème de traduction? De références culturelles obscures (le creux des programmes télé nippons, en relation avec le métier de comique du réalisateur)? Car tous les éléments d’un bon spectacle sont pourtant là… c’est bien que l’intention de cet ensemble de gags pathétiques doit être ailleurs. Avis de l’amateur: Raté, tout comme je rate la satire sociale qui se cacherait entre les plans, parce qu’ennuyeux à la longue. Pour ma part, le film ne doit son salut qu’à la petite fille de ce samurai déchu, Kumada Sea, qui vole la vedette avec son jeu confrontationnel et ses appels au seppuku. Quant à la forme, rien à redire, c’est beau et très bien monté.
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